Comment sélectionner un gérant ISR/ESG ? – Nathalie Renson, The Daily Finance

J’aurai pu titrer cet article “la gestion durable ou comment trier le bon grain de l’ivraie”. Tout le monde n’a pas la chance d’être comme Edmond Schaff : sélectionneur de fonds qui s’est plongé dans les sujets d’investissement durable depuis longtemps, i.e. bien avant que cela ne devienne central (mainstream ?). C’est pourquoi la Société Française des Sélectionneurs de Fonds (SFDeux) proposait hier soir une conférence sur la meilleure façon de sélectionner des gérants “ISR-ESG-durable”, réalisée par Edmond Schaff, sélectionneur et gérant chez Sanso IS.

La difficulté pour un sélectionneur de fonds dans le domaine de l’investissement durable est double. Premièrement, le sélectionneur de fonds doit s’approprier ce sujet en faisant un effort de formation. Deuxièmement, le sélectionneur de fonds doit pouvoir estimer la qualité et la conformité du processus du fonds avec ses besoins de sélection d’investissement durable. En résumé, est-on dans du greenwashing ou pas ? Aucune de ces deux tâches n’est aisée car les méthodologies sont diverses et la comparaison des gérants souvent délicate.

La définition même d’un fonds ISR/ESG est complexe. Par exemple, label ou pas ? Un fonds labellisé ISR est généralement un bon indice mais non exhaustif. En effet, nombre de fonds durables ne sont pas labellisés. Lorsque l’on considère les fonds européens, quel label faut-il choisir, sachant que chaque label est différent de celui des autres pays ? Comme nous l’explique Edmond, le coût de labellisation peut être élevé et peut rebuter les asset managers n’ayant pas forcément les moyens de supporter une multi-labellisation dans différents pays.

Les agences de notation extra-financière peuvent aider les buy-sides dans leur démarche analytique. Elles sont de plus en plus nombreuses. Ce sont autant de méthodologies d’analyse différentes qui voient le jour avec chacune d’elles. Peu importe me direz-vous si finalement ces analyses conduisent à des résultats concordants. Là est toute la difficulté : la corrélation des notes des différentes agences est très faible. Ainsi, un même fonds peut être très mal noté par une agence et très bien noté par une autre et ces deux notes totalement divergentes peuvent être tout à fait justifiées. Les critères d’analyses, les objectifs d’analyse, les poids de chaque critère (…)  aboutissent à cette grande hétérogénéité.

Edmond Schaff recommande alors dans la mesure du possible de recourir à deux agences de notation distinctes pour avoir différentes analyses et couvrir ainsi différents points de vue. Oui mais… cela représente encore un coût supplémentaire que tous les sélectionneurs de fonds ne peuvent se permettre.

Le recours à une agence de notation des fonds peut amener à ajouter une couche supplémentaire d’opacité dans la démarche de sélection de fonds. Ajouter une méthodologie qui consiste à niveler et à agréger toutes les méthodes de gestion ISR est regrettable et ne fait pas progresser la démarche.

Edmond insiste alors sur la nécessité pour le sélectionneur de fonds de procéder lui-même à l’analyse et à la notation de ses fonds. Il recommande bon sens, esprit pratique et qualitatif pour mener à terme ce raisonnement. Dans la mesure où la comparabilité des données chiffrées fournies par les sociétés de gestion est quasi nulle, il conseille de s’attacher essentiellement aux aspects qualitatifs des process de gestion. Par exemple, il est essentiel de questionner un gérant afin de bien vérifier qu’il comprend et connaît les implications ESG/ISR sur son fonds. Il se trouverait des gérants incapables d’expliquer en quoi une valeur de son portefeuille est éligible aux critères ESG/ISR. C’est moche et obligatoirement disqualifiant pour un sélectionneur ! Cela montre effectivement que la communication entre les analystes extra-financiers et la gestion est inexistante et invalide donc le processus d’investissement. L’articulation entre recherche et gestion est donc essentielle et doit être au coeur des préoccupations du sélectionneur de fonds. La transparence est indispensable dans un univers à la fois balbutiant, complexe et évolutif.

Enfin, notre conférencier évoque la qualité et la maîtrise des questions d’investissement durable. Que l’on soit dans un fonds ou dans un fonds de fonds, une mauvaise compréhension des sujets durables conduit à une mauvaise qualité des investissements.

J’ajouterai également, en complément, qu’il est vain de chercher une quelconque surperformance des investissements durables. Les études statistiques (dignes de ce nom) conduisent à constater que durable ou non, la performance d’un investissement comparable sera identique. MAIS… les investisseurs doivent intégrer le caractère impérieux de la durabilité dans leurs stratégies d’investissements pour être en accord avec les besoins qu’ils soient réglementaires, climatiques ou émanant de leurs clients.


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3 Commentaires

  1. Bon résumé de la conférence. Moi, je m’attache à demander au gérant de me prouver que l’évolution des critères ESG peut avoir de réelles conséquences sur la position d’un titre en portefeuille et à bien analyser la politique de vente à ce sujet. Si l’ESG n’y est pas évoqué, c’est un signe très révélateur que les critères ESG ne sont pas une partie aussi intégrante que cela du processus de gestion…

  2. Merci Thierry pour cet éclairage. Il est exact que la construction du portefeuille, qui ne peut être sous-traitée à l’analyse, relève de la seule décision du gérant. Celui-ci doit donc être cohérent avec les annonces faites sur le sujet de l’investissement durable.

  3. Témoignage très intéressant, attestant du professionnalisme éprouvé d’Edmond Schaff. Retenons que, compte tenu de la richesse de la matière ISR:ESG, il ne convient pas de simplifier outrageusement la méthode de sélection, mais bien de prendre le temps d’un examen approfondi, en sachant « déchiffrer » les signaux révélateurs d’une construction de qualité ou qui doit être encore améliorée.

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