Rétrospective 2019, perspectives 2020 : A quoi s’attendre ? – Léa Dauphas et Matthieu Pautonnier, TAC Economics

La croissance de l’économie mondiale a ralenti en 2019, avec une progression annuelle du PIB passant de 3,6% en 2018 à 3,0% estimé en 2019. Cette décélération est due principalement au ralentissement conjoint de l’industrie manufacturière et du commerce mondial. Les tensions sino-américaines, le renforcement des mesures protectionnistes et l’aggravation des lignes de fractures géopolitiques ont pénalisé l’investissement et la confiance des entreprises. L’impact a toutefois été limité par des politiques monétaires redevenues plus accommodantes, une demande des ménages soutenue par l’amélioration générale des marchés de l’emploi et la progression des revenus disponibles, avec un secteur des services (en opposition au secteur manufacturier) qui a résisté au ralentissement.

Depuis les dernières semaines, certaines contraintes qui pénalisaient les perspectives de croissance se sont atténuées : le flux de nouvelles sur les tensions sino-américaines est redevenu positif (même si la signature de la phase 1 de l’accord n’altère pas les tensions stratégiques entre les deux puissances) et l’ajustement du secteur manufacturier semble avoir touché un point bas dans certaines économies. D’autres, au contraire, se sont accentuées, notamment les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

La concrétisation de ces éléments a affecté nos projections, avec un ralentissement de la croissance jusqu’au milieu de 2020, suivie par une accélération de l’activité (à un niveau toutefois plus faible que lors de la reprise 2018). Jusqu’à mi-2020, la situation des ménages reste favorable et résiliente par rapport à la récession manufacturière, qui semble avoir trouvé un point bas au regard de la dynamique des indicateurs de confiance. Après la mi-2020, l’amélioration des capacités des entreprises permettrait de stabiliser la situation et pourrait induire une reprise de l’activité. Cette reprise est soutenue par des politiques économiques qui sont et resteront accommodantes en 2020.

Source TAC Economics

Malgré des signes croissants de valorisation anormale des actions, les perspectives de rendements limitées des obligations d’Etat et les indicateurs de confiance toujours favorables soutiennent la hausse des marchés actions. Ces projections ne sont pas sans risques. Elles rendent fragile la reprise conjoncturelle à venir (2021/2022), non seulement parce qu’elle repose sur la confiance (c’est-à-dire qu’elle est facilement sujette à des déceptions compte tenu du contexte politique/géopolitique actuel) mais aussi parce qu’elle exacerbe les vulnérabilités existantes. La reprise attendue en seconde partie de 2020 consacrerait la fin du « mini-cycle » initiée par le retournement de 2018, sans néanmoins que les accumulations de déséquilibres financiers (endettement des agents, distorsions des prix d’actifs, risques systémiques) n’aient été apurés. Plus l’extension du cycle sera longue, plus l’ajustement suivant sera brutal.

Les risques de révision à la baisse des perspectives économiques, de volatilité financière et de ruptures restent donc élevés. Les sources de tensions sont multiples (accord commercial sino-américain, risque géopolitique au Moyen Orient, résurgence des tensions sociales, montée du populisme, élection américaine). Mettre en évidence les principaux risques paraît essentiel car dans le cas de leur matérialisation, les anomalies financières entretenues par la faiblesse des taux d’intérêt, notamment la valorisation élevée des actifs risqués, pourraient corriger brutalement.

Trois risques (qui peuvent potentiellement se combiner) dominent : 

–        L’aggravation de tensions géopolitiques (Etats-Unis, Hong-Kong, Chine, Russie, Golfe, Venezuela…) qui entraînerait un bouleversement majeur et une récession mondiale aux effets plus durables. Cela créerait un choc majeur dans la confiance et les attentes, une extension plus plausible du protectionnisme à un niveau plurilatéral et plus large et des perturbations dans les grandes entreprises et une forte probabilité de retournement des marchés financiers.

–        La transmission de la volatilité financière aux institutions financières systémiques, ce qui conduirait à une autre crise financière de grande ampleur. La combinaison de prix d’actifs faussés et de rendements nuls ou négatifs sur les obligations d’État ne peut que générer un risque plus élevé. Cela pourrait se matérialiser par des tensions sur la liquidité dans des institutions financières non bancaires vulnérables ou par une exposition spécifique des institutions systémiques à un marché/pays/contrepartie fragile.

–        Le retour du risque inflationniste (par la transmission des salaires aux prix, par une augmentation soutenue et élevée des prix du pétrole, etc.) qui entraînerait une augmentation non anticipée des taux d’intérêt et infléchirait la dynamique actuelle, déclenchant un ajustement des marchés financiers.


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Lea Dauphas
A propos de Lea Dauphas 2 Articles
Léa Dauphas a rejoint TAC ECONOMICS en 2015. Elle occupe les fonctions d’économiste senior, en charge des analyses sur les économies développées et émergentes. Diplômée de l’Université Panthéon Sorbonne, elle a occupé précédemment des fonctions de stratégiste obligataire chez Natixis AM et d’économiste risque pays à la Société Générale.

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