Une autre analyse de la conjoncture allemande – Véronique Riches-Flores, Riches-Flores Research

Nous avons publié hier l’analyse de Valérie Gastaldy au sujet de l’économie allemande qui pourrait avoir dépassé son point bas. Véronique Riches-Flores, qui fait aussi partie de nos contributeurs réguliers, ne partage pas tout à fait le même point de vue. Faites-vous votre opinion… 

Au moment où les tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis s’apaisent et où, simultanément, les menaces d’une hausse de tarifs américains sur les importations d’automobiles européennes diminuent, il faut peu de bonnes nouvelles pour convaincre que le point bas de l’activité soit en passe d’être dépassé en Allemagne et que, par là-même, l’horizon conjoncturel européen s’éclaircisse. Difficile de ne pas acheter ce diagnostic que ne contredit pas fondamentalement, d’ailleurs, l’analyse détaillée des commandes aux différentes secteurs de l’industrie allemande publiées hier. Reste à jauger ce qui est susceptible de suivre pour l’activité à venir. Les données de production de ce matin jettent un froid, avec un repli de 1,3 % de la production manufacturière en septembre quand, par ailleurs, l’accumulation des stocks des entreprises incite à la retenue. Que la série noire des données allemandes soit derrière nous est probable, que ce diagnostic débouche sur un scénario en V est une autre histoire.

La série noire allemande touche à sa fin

Les commandes adressées à l’industrie allemande ont progressé de 1,3 % en septembre par rapport à août, grâce principalement à un net rebond des ordres au secteur des biens d’équipement de 3,1 %. Les autres composantes sont nettement plus mitigées avec des replis fréquents et surtout des tendances annuelles très faibles, souvent en baisse plus prononcée qu’au cours des mois récents.

 – Les commandes en provenance de la zone euro accusent un repli mensuel de 1,8 % ce qui porte leur évolution annuelle à -7,2 %, après -3,8 %.

 – Les commandes de biens intermédiaires se replient pour leur part de 1,5 % et flanchent de 8,4 % au lieu de 7,8 % en août sur douze mois.

Il ressort néanmoins de ce rapport un certain nombre de points réconfortants, notamment pour ce qui concerne les commandes de biens durables dont l’évolution annuelle confirme son amélioration avec une progression de 6,3 % l’an malgré un repli en septembre.

Le redressement des commandes domestiques au secteur automobile est également bienvenu quand bien même, à ce stade, les résultats du secteur restent plombés par l’anémie de croissance internationale qu’illustre le nouveau repli des commandes étrangères au secteur en septembre.

Dans un contexte où s’évacuent peu à peu les menaces commerciales et, peut-être, bien que sur ce dernier point la prudence soit encore de mise, le scénario d’un Brexit, ces signaux autorisent à penser que le pire soit effectivement derrière nous pour l’économie allemande.

Mais encore ?

Que retirer de ces éléments pour la croissance à venir ?

À ce stade, le diagnostic est encore très largement incertain, dépendant davantage de l’analyse que font les uns et les autres des conséquences de l’apaisement commercial sur la demande internationale que des données à disposition.

Les chiffres de production industrielle de ce matin constituent à ce titre un rappel à l’ordre : aucun secteur mis à part celui de l’énergie n’a réussi, en effet, à tirer son épingle du jeu en septembre, pas même celui des biens durables en dépit des signaux positifs signalés plus haut en provenance des commandes.

En baisse de 1,3 %, la production manufacturière allemande affiche encore un repli de 3,7 % sur l’année écoulée qui, bien que moins important que son plus bas de juin (-6 %), reste significatif. 

Au troisième trimestre, la croissance du PIB allemand devrait cependant être légèrement positive, simultanément soutenue par une forte baisse des importations, une amélioration des dépenses de consommation des ménages et une légère contribution positive de la construction. 

Au-delà, le scénario de reprise de l’activité industrielle sera surtout fonction de l’évolution de la demande comparativement au niveau des stocks. Or, ces derniers se sont significativement gonflés ces derniers trimestres que ce soit en Allemagne ou en France du fait des menaces commerciales et de celles d’un Brexit.

Il faudrait dans un tel contexte, une sérieuse embellie de la demande pour que celle-ci se traduise par une progression significative de l’activité productive. Un scénario que la situation en présence n’incite pas à considérer comme le plus probable.

Thomas Bauer / Véronique Riches-Flores

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Véronique Riches-Flores
A propos de Véronique Riches-Flores 7 Articles
Véronique Riches-Flores, Fondatrice et Présidente de RichesFlores Research - Global Macro & Thematic Independent Research.Économiste, diplômée de l’Université de Paris I, V. Riches-Flores a créé sa société de recherche économique indépendante en 2012, après une expérience professionnelle dans le milieu académique -Observatoire Français des Conjonctures Économiques-, et dans la Banque d’Investissement, en tant que chef économiste chez SG CIB - Société Générale Corporate & Investment Banking- de 1994 à 2012.Son analyse, assise sur une double expertise conjoncturelle et structurelle de l'économie mondiale, offre des points de vue tranchés, capables de se distancer du consensus et de dissocier le diagnostic économique du pronostic financier, particulièrement adaptée aux besoins des professionnels de la gestion d’actifs et aux grandes entreprises.

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