De fortes ambitions françaises pour l’extra-financier – Nathalie Renson, The Daily Finance

Voici un état des lieux de l’analyse extra-financière (AEF) en France, vue par les analystes financiers et les gérants de la place. La seconde édition du Baromètre ESG de la SFAF a été rendue publique hier. Pour cette occasion, la SFAF a convié ses membres à assister aux commentaires des participants à sa commission Analyse Extra-Financière. Beaucoup d’enseignements peuvent être tirés de cette présentation.

Tout d’abord, un taux de réponse accru à l’enquête est un signe de plus grande implication générale sur cette thématique AEF. Le profil des répondants est surtout “mainstream” qu’ils soient analystes ou gérants, comprenez non spécialistes de l’AEF. De façon très significativement supérieure à l’an passé, 51% des interrogés déclarent recourir systématiquement aux informations extra-financières. 81% utilisent les données émanant des entreprises elles-mêmes mais estiment que la qualité des informations ne permet pas d’effectuer un classement/comparaison valable. Plus l’intérêt grandit vis-à-vis de l’AEF, moins les sondés trouvent leur compte dans ces informations. Là est le problème clé. Les attentes du panel sont fortes quant à la traduction des contraintes extra-financières au travers des business models des entreprises. En clair, comment les entreprises s’adaptent-elles aux contraintes de durabilité et comment vont-elles créer de la valeur ? D’où le retour sur la nécessité d’un cadre homogène, rigoureux et validé par tous en AEF et pour la communication qui s’y attache.

L’intervention de Patrick de Cambourg, Pdt de l’Autorité des Normes Comptables, lors de cette conférence, motive et montre le volontarisme des autorités françaises en extra-financier. Il vient en effet de remettre à Bruno Le Maire un “Rapport sur l’information extra-financière des entreprises”. Nous sommes tous conscients de l’avance de l’Europe et de la France en particulier sur ces sujets. Il s’agit de ne pas perdre cette avance. Les Américains sont gênés par une administration Trump totalement réfractaire à la durabilité. Les autres, i.e. les Européens et les principales autres nations économiquement avancées, doivent normer et organiser le discours et l’évaluation. Pour cela, Patrick de Cambourg pose les ambitions fortes de la France. Il recommande aussi une méthode qui consiste à chercher des appuis en Europe pour poser les principes d’une normalisation et d’une réglementation de l’extra-financier.

Voilà ! Le vilain mot est lâché : réglementation, comme si nous n’en avions déjà pas suffisamment avec l’ESMA qui bride la communauté financière dans son entièreté. L’enjeu est d’aller très vite. Espérons que cette rapidité d’exécution du normalisateur et du régulateur ne se feront pas au détriment de la concertation. Entreprises, analystes, investisseurs doivent impérativement se faire entendre. De bonnes pratiques existent déjà. Il est essentiel de s’en inspirer.

C’est probablement ce que veut dire Mr Cambourg en disant qu’il ne faut pas pour l’extra-financier recommencer les mêmes erreurs que celles qui ont entravé la normalisation comptable, il y a quelques années. Il semblerait alors que le mot de concertation soit prononcé. Rappelons que l’enjeu de tout cela est de poser le cadre d’une évaluation efficiente des entreprises et des investissements. L’objectif final est d’avancer pour que les financements privés puissent efficacement financer les business models durables. Soyons intelligents, ouverts et constructifs dans cette négociation. La SFAF, et en particulier sa commission d’Analyse Extra-Financière, a ainsi l’énorme mérite de poser le sujet et d’ouvrir les débats.

Enfin, nous mentionnerons aussi l’intervention de Ciprian Ionescu, WWF France, ayant pour sujet “comment mesurer la nature ?”. Vaste sujet s’il en est. Il est le co-auteur d’un rapport sur l’intégration de la nature dans les stratégies d’investissements. Intervention à la fois inquiétante en raison de la gravité de l’état des lieux et à la fois rassurante. Elle mentionne effectivement de nombreuses initiatives scientifiques et industrielles qui visent à quantifier les impacts environnementaux des investissements. Nous terminerons sur cette note positive et optimiste : ONG, scientifiques, industriels, investisseurs et gouvernements ne sont pas systématiquement frontalement opposés. Les mentalités changent.

Consulter les slides du baromètre 2019 de la SFAF


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Nathalie Renson
A propos de Nathalie Renson 39 Articles
En tant qu’investisseur sur les marchés financiers, Nathalie Renson est toujours en quête d’informations financières et souhaite les partager. C’est pourquoi elle contribue à The Daily Finance. Analyste equities au début de sa carrière, puis sur les marchés obligataires, Nathalie a ensuite géré plusieurs fonds en multigestion, notamment.

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