De la globalisation à la diabolisation – Pascal Bernachon, Allocations et Conseils

Il est désormais de bon ton de parler de “déglobalisation” à travers des discours politiques et une volonté de repli sur soi, à défaut de parler de protectionnisme ou d’autres chimères protectionnistes. Il faut désormais diaboliser un monde ouvert, mettant au rebut ce que nous avons magnifié précédemment. Ce monde ouvert a pourtant profité à nombre d’entreprises occidentales, soutenu la croissance mondiale via l’impératif de certains émergents de s’équiper et la montée en puissance exponentielle de nouvelles classes moyennes.

Cette diabolisation, parfois justifiée par des “dérèglementations”, est – n’en doutons pas – amplifiée par de nouveaux lobbyistes qui voient dans ce nouveau repli sur soi, la possibilité de nouveaux marchés.

La diabolisation amplifie le bruit réel et s’accompagne d’un retour en arrière sociologique où la permissivité parfois normale d’hier devient le défaut d’aujourd’hui.

De fait, les échanges mondiaux qui ont crû régulièrement au cours de deux dernières décennies se contractent fortement, aidés par une guerre commerciale appelée à durer.

Diminuer le taux de carbone en produisant au plus près du consommateur n’est pas une mauvaise idée sauf à être capable de produire en quantité nécessaire, à un coût compétitif, et avec une main-d’oeuvre appropriée. Sinon, ce sera le consommateur qui en supportera le renchérissement ou les entreprises qui limeront inexorablement leurs marges. Mais cette diabolisation vient à bon escient à la bouche de nombre de politiques qui ont laissé faire tant d’années une forme inhumaine de libéralisme où la valeur du travail devenait peccadille face aux profits financiers. Y trouvent-ils un moyen de se racheter une vertu ou de pallier au plus vite à la satisfaction d’un électorat déçu et peu au fait des impératifs d’un monde en mutation ?

Ce retour « à la maison » appelé encore Patriotisme par le Président Trump pourrait avoir des vertus s’ il impliquait des plans d’investissements conséquents pour préparer l’avenir. Ce qui, du reste, est réclamé inlassablement par certains banquiers centraux.

Entre Globalisation à outrance et diabolisation, il en est comme de toute chose un juste milieu qui pourrait se traduire par la réintégration de l’homme comme premier capital de toute société libérale.

Ceci éviterait de voir une période d’expansion incroyablement longue aux Etats Unis et probablement peu dynamique à l’avenir mais qui aura vu en même temps le nombre de pauvres exploser.

« DON’T FIGHT THE FED »

Maxime bien connue depuis de nombreuses années. Ne vous battez pas contre la banque centrale et encore moins en ce moment où ce n’est pas seulement la FED qui cherche à maintenir une croissance nonchalante mais également de nombreuses institutions monétaires, à travers le monde. Il est vrai que les indicateurs économiques ne traduisent pas une embellie avec des indices PMI manufacturiers sous la barre des 50 (niveau de croissance) mais qui ne représentent qu’un modeste pourcentage du PIB. De plus, ces mêmes indices calculés sur un plus grand nombre d’entreprises (PMI Markit) présentent une meilleure configuration, moins pessimiste. Il est un fait que l’économie mondiale ralentit à la fois par une guerre commerciale durable et aussi en raison par la formidable période d’investissements passés qui nécessite logiquement une pause durable. S’additionnent toujours les risques géopolitiques et la désormais totalement incompréhensible politique britannique.

Sans nos amis banquiers centraux, il serait des plus téméraires d’investir en actions sachant que les alternatives de placement sont désormais comme des «terres rares».

Octobre est un mois qui laisse des souvenirs amers et rester investi sans se surexposer dans un tel environnement nécessite d’accepter encore de la volatilité.

Mais rappelons-le, certaines entreprises continuent de bénéficier de l’appétence des consommateurs et offrent particulièrement en Europe des dividendes bien supérieurs aux taux des marchés obligataires.

Volatilité née de l’environnement économique, des propos de Boris Johnson ou du plus grand « twitter » à savoir le Président Trump entre deux parties de golf. Mais volatilité aussi due à l’absence d’investisseurs finaux laissant libre cours à la gestion passive, aux arbitragistes et autres traders.

Ceux ci provoquent des décalages de cours parfois injustifiés aidés aussi par une liquidité peu abondante comme ce fut le cas pour une société cotée annonçant encore trois nouvelles grosses commandes confortant son avenir radieux mais reculant de plus de 4% sur une séance sans aucune justification.

De quoi lasser l’investisseur fébrile, de quoi énerver le gérant de fonds mais certainement pas le fin connaisseur du dossier.

Nous n’entrevoyons pas de récession dans les mois à venir quant à prévoir un Krach comme évoqué par de nombreux experts de la prévision, l’histoire nous prouve qu’il vient toujours par surprise et où on ne l’attendait pas.

En attendant, le discours des banquiers centraux est clair dans leur volonté de soutenir le peu de croissance existante et « Don’t fight the FED ». Octobre n’ a que 31 jours.

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Pascal Bernachon
A propos de Pascal Bernachon 4 Articles
Pascal Bernachon dispose d’une grande expérience dans la gestion d’actifs qu’il doit notamment à son parcours auprès de nombreuses banques et sociétés de gestion, que ce soit Barclays, Dresdner ou encore Richelieu Gestion. Richelieu Gestion où il était Directeur de la gestion et gérait en parallèle gérant de KBL Richelieu Flexible (SICAV) depuis mars 2011.

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