Argent pas cher, est-ce que cela sert ? – Pascal Bernachon, Allocations et Conseils

Avec autant de rendements réels ou nominaux négatifs, l’argent est gratuit et les banquiers centraux montrent leurs dispositions à poursuivre, voire amplifier si besoin est, cette manne pécuniaire. Les risques politiques accouchant de risques économiques, le rôle des banques centrales est donc bien d’accompagner la croissance, ou au moins de la maintenir face à un monde toujours au bord du risque déflationniste. Elles sont dans le strict respect de leurs missions mais tout ne peut être résolu par leur simple action. Elles accompagnent, anticipent mais ne peuvent construire à elles seules l’avenir.

Aujourd’hui, il n’y a nul problème de liquidité hormis quelques états moribonds, nul manque de trésorerie dans les entreprises dont les montants explosent à la hausse (pour une partie d’entre elles au moins), nul problème de gain de pouvoir d’achat probant.

Alors pourquoi anticiper de nouvelles opérations de liquidité au sein des pays industrialisés si les politiques ne s’en servent pas pour préparer la croissance future ? Ainsi, dans une vieille Europe bien fatiguée, qui ne peut rivaliser aujourd’hui avec la montée en puissance de l’industrie émergente, ou challenger les incontournables champions américains du digital, cet argent ne peut être utile que pour créer les «Airbus» du futur. Des entreprises incontournables qui nous permettent de sauvegarder notre rang déjà déchu. Pas de dépenses budgétaires de relance à court terme mais la volonté farouche de faire des champions de demain dans le digital, l’intelligence artificielle ou la défense et bien sûr dans la mobilité future ou l’énergie de substitution.

Dans ces secteurs, l’argent pas cher serait employé à bon escient pour redonner un peu de lustre à notre vieux continent, amas d’égocentrismes. De plus, avec un peu de chance, le 31 octobre, nous serons débarrassés d’un partenaire qui se plaisait à bloquer toute grande avancée européenne.

Nombreux sont ceux qui prévoient que les taux longs seront durablement installés sous leur niveau normal de rémunération, évoquant même une Japonisation de l’Europe. Pourtant en matière économique, le mythe de l’infiniment vrai ne tient jamais longtemps. Espérons donc que cette manne salutaire qui réduit considérablement le poids de nos dettes ne se retourne pas sous l’influence d’un événement extérieur qui nous ferait amèrement regretter l’endettement continu, via une forte remontée des taux longs.

De si faibles rémunérations ont continué d’attirer des flux entrants sur l’obligataire au détriment des actions. Cela durera-t-il longtemps ?

Combien de temps les épargnants accepteront-ils des placements à si faible rentabilité y compris dans les contrats en euros ? Pour le moment, ils compensent en épargnant plus au détriment de la consommation, réaction somme toute logique, mais paradoxale ! 

Alors oui, les rendements de nombre d’actions sont largement supérieurs à la rémunération d’une OAT ou d’un BUND, mais la frilosité des investisseurs à se ruer sur les marchés actions ne vient probablement pas que de l’incertitude économique ou géopolitique. Les as de la finance par leur ingéniosité permanente à créer soit des produits complexes, soit des fonds qui n’ont pas pour unique but d’investir activement dans le temps ont fait déserter l’épargne de base, laissant le marché entre les mains de gens qui s’octroient le titre d’initiés et qui s’enferment dans un club de plus en plus privé au risque de ne plus avoir de membres présents… À TERME ! 

Il en est probablement des marchés comme dans la société, laxisme suivi de rigorisme et vice versa. Éternelle roue qui tourne. Les marchés actions reviendront aux fondamentaux. La patience paye toujours.


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Pascal Bernachon
A propos de Pascal Bernachon 3 Articles
Pascal Bernachon dispose d’une grande expérience dans la gestion d’actifs qu’il doit notamment à son parcours auprès de nombreuses banques et sociétés de gestion, que ce soit Barclays, Dresdner ou encore Richelieu Gestion. Richelieu Gestion où il était Directeur de la gestion et gérait en parallèle gérant de KBL Richelieu Flexible (SICAV) depuis mars 2011.

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