Les banques centrales ont-elles un impact ? – Nathalie Renson

Lors de sa présentation à mi-année, Véronique Riches-Flores a d’emblée planté le décor : l’inflation est toujours absente, les banques centrales vont intervenir de nouveau, l’indicateur de momentum propriétaire BMG est retombé en mai, surtout sous l’impact négatif des indicateurs US qui se replient depuis deux mois. Mais elle pose aussi la question de savoir à quoi toutes ces interventions vont pouvoir servir. Car leur marge de manoeuvre est pour le moins ténue.

L’analyse sur l’inflation est intéressante. Véronique note que l’élasticité-prix des consommateurs est accrue en Europe, à l’instar du Japon. Le pouvoir d’achat de la seule masse salariale est en diminution et va immanquablement peser sur la consommation. Aux US, le constat est identique. L’indicateur des conditions économiques attendues à 5 ans sont les plus faibles pour les 18-44 ans et les plus fortes pour les plus de 65 ans. Et le multi-salariat est également en forte croissance aux US.

Véronique attire aussi notre attention sur la profitabilité des entreprises qui semble, selon elle, avoir dépassé son plus haut niveau en Europe et aux US. L’absence de gains de productivité est dommageable car elle ne permet pas de compenser les hausses de salaires accordées par les entreprises. Les marges sont alors mises sous pression et entament les perspectives.

Selon l’économiste, le problème serait alors moins économique que sociétal. D’où un moindre impact de la politique monétaire via les taux d’intérêt. La position de la BCE est d’autant plus difficile que la situation de l’Allemagne pourrait bien basculer du côté récession, après avoir bénéficié d’un sursis depuis le début de l’année. Les banques européennes rencontrent de plus en plus de difficultés à travailler dans un environnement de taux proches de zéro. En résumé, Véronique attend une baisse de 50 bps d’ici à septembre par la Fed. La BCE pourrait baisser ses taux de 10 bps. La BoE n’aura pas d’autre choix que de suivre les autres banques centrales, probablement en raison d’un ralentissement économique post brexit. La BoJ devrait elle aussi rester accommodante. Le dollar US devrait baisser sous ces différents impacts. Le ralentissement économique devrait aussi tirer le prix du baril vers le bas. Ce dernier point se retrouve d’ailleurs dans l’article de Tac Economics publié sur notre site vendredi 21 juin.

Par ailleurs, Véronique Riches-Flores attend une baisse des marchés actions, même si les banques centrales demeurent en soutien. Le risque politique revient partout sur le devant de la scène.

La présentation s’est ensuite focalisée sur la situation en Allemagne, où les résultats des indicateurs s’avèrent “calamiteux” : le dernier en date est le ZEW qui est en baisse et donne une bonne indication sur ce que devrait être le niveau de l’IFO prochainement. Véronique Riches-Flores analyse cette conjoncture comme étant le résultat de difficultés plus profondes : un modèle économique basé une une industrie traditionnelle exportatrice, dans un monde protectionniste, où les relations se referment. Elle ajoute que le vieillissement de la population ralentit la mise en place des réformes nécessaires aux évolutions. La faiblesse de la consommation nationale ne compensera pas l’atonie internationale. Donc, soit l’Allemagne éprouve des difficultés à se sortir de son marasme et perd en influence au sein de l’Europe, soit elle se réforme et redevient la locomotive européenne. L’enjeu est donc lourd de conséquences. La répartition des postes clés au niveau européen qui se déroule actuellement, devrait cristalliser ces tensions.

Au global, un sentiment “gloomy” largement partagé par l’assemblée assistant à cette présentation. Véronique Riches-Flores revient d’ailleurs sur le “green new deal” qui pourrait mettre l’économie européenne sur une voie de croissance durable et plus robuste. Les mentalités peuvent changer mais il faut aller vite.

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Nathalie Renson
A propos de Nathalie Renson 39 Articles
En tant qu’investisseur sur les marchés financiers, Nathalie Renson est toujours en quête d’informations financières et souhaite les partager. C’est pourquoi elle contribue à The Daily Finance. Analyste equities au début de sa carrière, puis sur les marchés obligataires, Nathalie a ensuite géré plusieurs fonds en multigestion, notamment.

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