Conférence SF² : A bas le couple rendement / risque ! – Nathalie Renson

La Société Française des Sélectionneurs de Fonds (SF² pour les habitués) organisait le 17/06 une conférence sur le thème “l’approche statistique dans le monde financier”, animée par Sylvestre Frézal qui vient de publier l’ouvrage “quand les statistiques minent la finance et la société”.

L’animateur de la conférence a un “petit biais” statistique en raison de sa formation d’X-ENSAE-actuaire et officie chez Covéa. Il a donné un joli coup de pied dans la fourmilière en affirmant que le couple rendement / risque n’est ni pertinent, ni objectif et donc ne sert à rien, voire même est nuisible pour la santé de l’investisseur. Le raisonnement le conduisant à ce constat est finalement assez simple. Je vais simplifier (que son auteur me pardonne) le raisonnement : le recours à des calculs “en moyenne virtuelle” est habituel en gestion. Si l’on parle de risques de manière générale, on pense implicitement que la moyenne ne sera pas observée et laissera la part au risque. Il y a alors deux horizons temporels : l’un extrêmement long où le risque disparaît et l’autre beaucoup plus court où le risque est présent. Enfin, une espérance mathématique de rendement est erronée car, théoriquement, elle correspond à une moyenne des probabilités d’un même événement (on joue plusieurs fois). Dans la vraie vie, on ne joue qu’une fois. Et hop ! un premier pan de votre vie quotidienne qui s’effondre.

Et, ce n’est pas fini ! La conséquence de ce qui précède est que le couple rendement / risque est déterministe car il réduit les incertitudes ou risques à des données chiffrées que l’on croit connaître. La perception de la relation rendement / risque est fausse car elle repose sur une moyenne qui ne se produira jamais en raison du risque qui la caractérise. Pour justifier ses décisions de gestion, le gérant va alors se positionner sur la frontière efficiente. Sylvestre Frézal estime que cela conduit à déresponsabiliser les gérants et est dommageable. Voilà donc votre second upercut.

Une fois que notre environnement habituel de réflexion est réduit à néant par Sylvestre, que fait-on ? Sylvestre conseille au gérant d’assumer sa subjectivité. On est bien avancé : qu’est-ce que cela implique ? Souvent, analyse et gestion sont dissociées dans la démarche de décision de gestion. Notre animateur estime, à juste titre, que c’est une erreur. La tendance est à la représentation du futur au travers de 3 catégories d’événements : les possibles, les impossibles et les non-impossibles. La décision consiste à se positionner dans l’une de ces 3 catégories d’événements et est donc, de facto, indissociable de l’analyse. Cela impose aussi au gérant d’élaborer ses propres scenarii en amont de sa prise de décision.

Le débat a ensuite pris place avec l’assemblée. Premier sujet : les comités d’investissement devraient tous fonctionner de cette façon. Mais on en est bien loin dans les faits. Les économistes ou stratégistes ou allocataires peuvent avoir une fâcheuse tendance à fournir le cadre d’investissement pour les gérants, qui ne sont pas maîtres de leur prise de risque. Ceux-ci peuvent effectivement se réfugier derrière les frontières efficientes pour justifier leurs décisions de gestion. Autre sujet : comment faire lorsque l’on n’a pas d’autre outil que le couple rendement / risque ? Il est alors impérieux de mettre en place son propre scenario, qui sera toujours meilleur que l’optimisation du couple rendement / risque.

A méditer !

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Nathalie Renson
A propos de Nathalie Renson 39 Articles
En tant qu’investisseur sur les marchés financiers, Nathalie Renson est toujours en quête d’informations financières et souhaite les partager. C’est pourquoi elle contribue à The Daily Finance. Analyste equities au début de sa carrière, puis sur les marchés obligataires, Nathalie a ensuite géré plusieurs fonds en multigestion, notamment.

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