Les incohérences de Buffett – Dr Leber, Acatis

Nul ne conteste le succès de Buffett et de son acolyte Munger. Ni leur génération d’alpha. Mais de temps en temps, comme nul n’est parfait, certaines petits “détails” peuvent surprendre l’observateur. Notre observateur est le Dr Leber, notant des incohérences entre le discours et les investissements de Berkshire Hathaway. Passionnant…

Retour à Omaha

Après avoir assisté à l’Assemblée générale de Berkshire Hathaway, nous nous sentons confortés dans notre démarche de réinterprétation de Warren Buffett (maintenant âgé de 88 ans) dans une version adaptée au XXIe siècle – nous l’appelons Warren Buffett 2.0.

Trois observations faites à Omaha se télescopent:

D’une part, la sacro-sainte vénération par les dizaines de milliers de visiteurs de l’assemblée générale. L’Omaha World Herald cite le Chinois Zheng Li, participant à l’assemblée générale : « Warren Buffett, c’est comme un Dieu. Je suis très heureux d’être en même temps et au même endroit que Dieu. » Des dizaines d’interprètes tentent de décrypter les sages paroles de Buffett. Ils écrivent des livres sur la façon dont, après de longues recherches, ils ont trouvé la révélation et le bon chemin grâce à Buffet. Cela ressemble fort à une aliénation cultuelle. 

Deuxièmement, le brillant intellect de Warren Buffett et de Charlie Munger, qui est au-delà de celui de tous les gestionnaires de fonds que nous connaissons personnellement. L’intelligence de ces deux dirigeants se situe au niveau des génies, et le succès obtenu (une valeur d’entreprise de USD 535 milliards sur 50 ans en croissance organique) leur donne raison. Cela vaut la peine d’écouter les gens qui réussissent. Et si possible  en chair et en os ! 

Troisièmement, il y a aussi la vision prudente et conservatrice de Buffett à l’égard des sociétés de son groupe. 

La question des mutations technologiques et de leurs effets, par exemple sur les compagnies d’assurance, les entreprises commerciales ou les entreprises ferroviaires, est régulièrement soulevée lors de l’Assemblée générale annuelle. La réponse est toujours la même : nous observons les changements et réagissons en conséquence. Buffett admet clairement que son concurrent dans le secteur des assurances, Progressive, est plus moderne et a de meilleures marges que son sa propre compagnie GEICO ; que la ligne ferroviaire CSX avec son « Precision Railroading » a de meilleurs indicateurs que sa propre société Burlington Northern, et qu’Amazon pourrait détruire plusieurs de ses propres sociétés commerciales. Avec cette attitude défensive, vous pouvez maintenir votre part de marché, mais les gains à prévoir sont faibles. 

Les entreprises de Berkshire s’adapteront technologiquement, mais l’impulsion vers le prochain grand développement économique ne sera pas déclenchée par Buffett. Il est donc tout à fait logique que Warren Buffett, dans un esprit de conservation, continue de parler de l’importance à long terme des chemins de fer dans 100 ans. Buffett préserve et protège son empire. 

Les initiatives de modernisation viennent des filiales et non de Buffett.

M. Buffett sait-il qu’une société de son groupe, la CTB, qui est un fournisseur de silos à grains, est en train de développer un logiciel appelé CAT Squared qui documente les chaînes d’approvisionnement agricoles dans la blockchain alors même que M. Buffett se gausse du battage médiatique autour du Bitcoin ? Et que son producteur d’électricité Berkshire Hathaway Energy dans l’Iowa produira 100 % de son électricité à partir des énergies éolienne et photovoltaïque dans deux ans, alors même que Buffett refuse de participer aux discussions sur le développement durable ? Que son réseau ferroviaire est surveillé par des drones et des capteurs de l’Internet des Objets ? 

Les mutations technologiques sont réelles et rapides. À Blair, ville voisine d’Omaha, il existe depuis 10 ans une grande bioraffinerie appartenant au groupe Cargill (avec des unités supplémentaires appartenant à Corbion, Novozymes et Evonik) dans laquelle du maïs est fermenté par de la levure dans des bioréacteurs pour générer de nombreux composants tels que le sucre. Chaque année, 100 000 camions de maïs y sont livrés pour ce traitement biologique. L’avenir est également très proche dans le Nebraska rural. 

Les principes de Warren Buffett sont intemporels. Nous devons élargir notre propre „cercle de compétences“ afin de pouvoir identifier les entreprises qui les respectent également au sein des jeunes secteurs d’activité.

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Marie Ballorain
A propos de Marie Ballorain 20 Articles
Diplômée de l’ESSEC, Marie Ballorain est en charge du développement pour la France, la Belgique, Monaco et le Luxembourg francophone chez Acatis Investment, société de gestion value allemande indépendante créée en 1994.

1 Commentaire

  1. Warren Buffett n’a plus rien à démontrer. Il se fie à des secteurs qu’il connait, comme l’assurance, le textile, les transports, … Il sait recruter et motiver ses dirigeants, en alignant leurs intérêts sur ceux des entreprises qu’ils dirigent. Il comprend bien les 4 piliers de la gestion (gestion RH, stratégie, financement, exécution)et peut ainsi juger ses dirigeants en temps réel. Bref, il ferait voler un fer à repasser.
    Depuis quelques années cependant, il compense certaines de ses lacunes en venant au secours d’entreprises en difficulté, mais viables : il négocie un prix exceptionnellement bas pour une participation en AK limitée et ses ressources (notoriété, talents, finances, …) font le reste. Son enrichissement est alors considérable.

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