Les sélectionneurs de fonds et l’investissement responsable – Nathalie Renson, The Daily Finance

Après avoir publié l’article de Claire Chaves d’Oliveira sur la position de certains gérants quant à l’investissement responsable, nous nous attachons ici à la position des sélectionneurs de fonds sur le sujet. La Société Française des Sélectionneurs de Fonds, SF² pour les intimes, a organisé une conférence sur le thème de l’empreinte carbone . The Daily Finance y a assisté pour vous.

L’investissement responsable (IR) n’est pas une tarte à la crème comme nous nous obstinons à vous le répéter. Mais il faut reconnaître que le sujet est complexe à définir, à présenter, à mesurer, à synthétiser. Les acteurs concernés par l’IR sont nombreux et divers. D’où des objectifs nombreux et divers, propres à chaque type d’acteurs. Alors essayons de simplifier le tableau. D’une part, nous avons les émetteurs, donc les entreprises, qui doivent satisfaire aux différentes obligations réglementaires de cartographies, d’implémentations de stratégies responsables et de communications. D’autre part, nous avons “les investisseurs” qui souhaitent, ou pas, s’emparer de l’IR. Parmi ces investisseurs, certains sont beaucoup plus avancés que d’autres. Certains investisseurs institutionnels ont pour mission d’investir “responsable” et ont ouvert la voie depuis quelques années. Ces défricheurs de l’IR ont sensibilisé les asset managers sur ce sujet. Mais tous les sélectionneurs de fonds ne sont pas des institutionnels.

Si un sélectionneur de fonds souhaite étudier des supports d’investissements “responsables”, comment peut-il s’y prendre ? La première étape est un effort de formation indispensable afin de comprendre quelles sont les réglementations et leurs implications. Par exemple, l’article 173 de la loi transition énergétique oblige les investisseurs institutionnels et la majeure partie des sociétés de gestion à détailler leurs pratiques en matière d’IR : démarche générale en matière d’ESG, implications dans la politique d’investissements, les informations utilisées pour l’analyse, la méthodologie et les résultats de l’analyse extra-financière. Le Forum d’Investissement Responsable (FIR) a d’ailleurs fait un point d’étape sur le sujet de l’implémentation de l’article 173 le 07/12/2018 par les asset managers. En résumé : peut mieux faire sur tous les sujets.

Alors, amis sélectionneurs de fonds, me direz-vous : tout va bien ! Il suffit de regarder l’empreinte carbone d’un fonds et l’on sait très précisément où nous en sommes. La réponse est franchement “non”. Dans ESG, “E” est l’Environnement (climat, pollution, eau, carbone, trajectoire 2° ou mieux 1,5°…). Le “S” est pour Social (emploi, droits de l’homme,…). Et le “G” est pour Gouvernance (Rémunération des dirigeants, anti-corruption, travail des enfants…). Donc, l’empreinte carbone ne concerne que la partie climat de l’investissement responsable, au sein de l’article 173 et est donc beaucoup trop restrictive. Et encore nous n’avons pas parlé des Objectifs de Développement Durables (ODD) des Nations Unies. Le sélectionneur de fonds doit donc aller plus loin dans son analyse.

C’est là que les choses se compliquent. La démarche d’analyse du sélectionneur de fonds va probablement se heurter à la diversité des méthodes des asset managers en matière d’IR : exclusion, thématiques, les “best in class” (et in universe et in efforts), les screenings normalisés et l’engagement (ou activisme). Je pense avoir déjà perdu la majorité des lecteurs.

Donc, l’empreinte carbone. Elle a le mérite d’exister et dispose d’une méthodologie assez précise (encore que…). Pour un portefeuille, il s’agit pour chaque titre de calculer l’empreinte carbone et d’agréger toutes les empreintes carbones de toutes les lignes. Vous obtenez ainsi l’empreinte carbone d’un fonds que vous devez comparer à l’empreinte carbone de son indice. Oui mais… quel indice ? S&P, au travers de sa filiale Trucost, ainsi que les autres fournisseurs d’indices, permettent de calculer les empreintes carbone des indices en collectant ou en calculant les empreintes carbone de toutes les entreprises constituant les indices. Si une entreprise ne publie pas les informations nécessaires, ce qui est malheureusement très fréquent notamment chez les mid et small caps, Trucost les calcule et les modélise. Les providers concurrents sont assez nombreux et nous vous invitons à les consulter également. Certains fournissent des notations ISR.

Sinon, un bon moyen de vous familiariser avec l’investissement responsable est de considérer les fonds labellisés ISR, initiative supportée par le Ministère des Finances. Le label est délivré par l’Afnor. Un Comité Scientifique est chargé de faire des recommandations pour l’évolution de la labellisation. D’autres labels existent. Enfin, certains asset managers très impliqués dans l’IR ne se font pas labelliser. Donc, soyez curieux !

En tous cas, il nous semble clairement restrictif de ne s’attacher qu’à la surperformance éventuelle de la gestion responsable, ne serait-ce que pour des questions de comparabilité. Comment comparer un fonds ayant recours à l’exclusion sectorielle systématique avec un indice qui par définition n’exclue aucun secteur ? La gestion responsable obéit à des objectifs qui lui sont propres. Elle est par définition non passive et coûteuse. Les sélectionneurs de fonds doivent impérativement s’emparer de ce segment d’offre de produits afin de les estimer à leur juste valeur au sein d’un portefeuille.

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Nathalie Renson
A propos de Nathalie Renson 36 Articles
En tant qu’investisseur sur les marchés financiers, Nathalie Renson est toujours en quête d’informations financières et souhaite les partager. C’est pourquoi elle contribue à The Daily Finance. Analyste equities au début de sa carrière, puis sur les marchés obligataires, Nathalie a ensuite géré plusieurs fonds en multigestion, notamment.

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