Nous avons testé pour vous : La présentation de Riches-Flores Research du 13/12/2018 – Nathalie Renson, The Daily Finance

The Daily Finance a assisté à la présentation de fin d’année par l’économiste Véronique Riches-Flores, qui dirige le cabinet de recherche global macro indépendant Riches-Flores Research. Le thème était : “2019, le grand retour de la dépense publique”.

La photo à ce jour est peu engageante. Les taux de croissance des productions manufacturières convergent. Les échanges mondiaux ralentissent. Au sein du baromètre de Riches-Flores Research, la majeure partie des indicateurs suivis sont orientés à la baisse, que l’on considère la consommation ou l’investissement ou encore le commerce extérieur. La stabilisation attendue après le mois d’octobre ne s’est pas matérialisée en novembre. Le T4 sera donc mauvais. Les raisons sont connues : les relations entre les US et la Chine qui continuent de se dégrader, le ralentissement de la Chine qui est anticipé et ses répercussions sur la croissance mondiale. Pourtant la politique américaine a porté ses fruits, notamment au travers d’une relance des dépenses publiques et une politique fiscale favorable pour les entreprises. La courbe de Phillips aux US tend à se normaliser. En effet, de nombreux emplois peu qualifiés y ont été créés grâce à la politique américaine. Les salaires ont repris le chemin de la hausse, y compris les bas salaires. Ceci est montré par la relation entre la croissance annuelle des salaires et le salaire horaire. En considérant les secteurs, on observe qu’entre 2017 et 2018, les salaires ont augmenté dans les loisirs et l’hôtellerie, le commerce de détail.

Mais Véronique Riches-Flores observe que la courbe des taux des Fed Funds est très écartée de celle de l’output gap. L’économiste explique alors que la Fed devrait “théoriquement” accélérer ses hausses de taux afin de combler cet écart. Mais, c’est en théorie. Dans la pratique, la hausse des taux longs s’avère dangereuse pour l’ensemble des marchés : “la remontée des taux longs sur fond de ralentissement conjoncturel international a créé les conditions d’un retournement généralisé des marchés”. A tel point que les secteurs des technologiques, du luxe et les banques (dans une moindre mesure) ont fini par décrocher également. L’endettement actuel important des entreprises peut aussi avoir des impacts négatifs sur les marchés dans un contexte de hausse des taux.

Quelles sont alors les forces de rappel qui peuvent apaiser la conjoncture mondiale ? Tout d’abord, Véronique mentionne le niveau du prix du pétrole qui arrange bien les choses. Elle estime d’ailleurs que la forte hausse observée plus tôt dans l’année n’était pas justifiée par le contexte économico-politique. Le niveau actuel lui semble plus cohérent et permet de faciliter la vie de nombreux acteurs économiques. Le monde émergent s’est trouvé doublement pénalisé par cette hausse du prix du baril : ils sont importateurs de pétrole et exportateurs d’autres matières premières, qui avaient baissé bien avant le pétrole. Les ménages retrouvent un pouvoir d’achat amélioré. Les entreprises bénéficient d’une charge énergétique allégée. Ainsi, l’inflation devrait ralentir aux US, comme ailleurs au cours des prochains mois. Enfin, les taux sont toujours faibles en Europe ou aux US, comparativement avec leur niveau de long terme. Selon Véronique, le prix du pétrole pourrait d’ailleurs baisser encore en raison d’un ralentissement économique généralisé en 2019. Selon ses prévisions, l’inflation pourrait alors revenir à 1,5%, donnant ainsi plus de marge de manoeuvre pour la Fed. C’est pourquoi, Véronique Riches-Flores n’anticipe pas de hausse de taux au-delà de la prochaine devant intervenir en décembre prochain. La Fed ferait ainsi une pause pour au moins 12 mois.

La même tendance de ralentissement de l’inflation devrait également être observée en zone Euro pour se rapprocher de 1% d’ici à mi 2019. Dans un tel contexte que peut faire la BCE ? Celle-ci serait bien inspirée de revoir sa communication, au moins dans un premier temps, afin de préparer les marchés sur ce sujet.

Les dépenses publiques dans tout ça ? Elles ont augmenté aux Etats-Unis depuis plusieurs mois. La Chine n’est pas en reste sur ce sujet, ayant annoncé une relance de la construction d’infrastructures, dont notamment la Route de la soie. On ne peut pas vraiment dire en Europe que la bride des dépenses publiques ait été relâchée, hormis en Italie. Enfin, le UK se prépare à encaisser le choc du Brexit… et pourrait mettre en place une politique de relance.

En conclusion, la situation est complexe actuellement. “Le cycle économique s’éternise”. Les entreprises ont probablement dépassé leur pic de marges. Combien de temps va tenir la locomotive américaine avant de ressentir les effets des tarifs douaniers ? Quelle sera l’ampleur du ralentissement économique chinois, avec quelles implications pour les partenaires de ce pays ? Quel type de Brexit aura lieu ?

Fin 2018 ne ressemble vraiment pas à fin 2017.

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Nathalie Renson
A propos de Nathalie Renson 34 Articles
En tant qu’investisseur sur les marchés financiers, Nathalie Renson est toujours en quête d’informations financières et souhaite les partager. C’est pourquoi elle contribue à The Daily Finance. Analyste equities au début de sa carrière, puis sur les marchés obligataires, Nathalie a ensuite géré plusieurs fonds en multigestion, notamment.

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