Le Green New Deal européen – Véronique Riches-Flores, Riches-Flores Research

Et si l’Europe faisait levier sur les contraintes environnementales pour relancer son économie ? Véronique avait déjà exposé ses vues sur le sujet en 2008. Alors que la planète financière s’interroge sur l’après QE, alors que l’environnement est une préoccupation grandissante, l’analyse de Véronique prend toute sa valeur.

 

Tandis que la crise économique et financière en présence conduit déjà certains à échafauder les conditions des prochaines actions de sauvetage des banques centrales dont nul ne peut anticiper les conséquences, effets d’addiction et implications de la confiscation du pouvoir politique au bénéfice des seules des banquiers centraux, on peut à juste titre s’interroger sur les moyens plus efficaces d’utiliser ces potentielles ressources. La cause climatique, dont on ne peut plus négliger l’urgence s’impose alors plus que toute autre, y compris pour renouveler les sources de croissance de nos économies, aujourd’hui, exsangues.

 

 

En décembre 2008, au terme d’une interview d’un journaliste sur les réponses susceptibles d’être apportées à la crise, je me souviens avoir résumé nos échanges en cette phrase : il nous faut une politique de relance environnementale européenne en même temps qu’une stimulation inflationniste. L’idée n’a guère fait d’émules. L’envolée des déficits et dettes publiques des lendemains de la crise financière n’encourageait guère les réflexions dans la direction d’un projet, a priori, trop onéreux pour des Etats surendettés. A peine six mois plus tard, la relance chinoise, phénoménale, exfiltra l’économie mondiale de la récession la plus profonde de l’après seconde guerre mondiale ; elle était, il est vrai, bien plus efficace. Locomotive du rattrapage du monde émergent, avec elle venait, en apparence, la réponse à tous les problèmes des vieux pays matures : promesses de ressources inédites de croissance à venir, notamment alimentée par l’émergence des nouvelles classes moyennes du monde en développement, prospérité des échanges internationaux, ressource de productivité… Dans ses perspectives de long terme de 2013, le FMI nous promettait un potentiel de croissance de l’économie mondiale de 3,8 % d’ici 2025, fort d’un essor de la productivité plus spectaculaire encore que celui des années d’avant crise, supposé de 3 % l’an en moyenne au lieu de 2,3 % entre 2002 et 2005.

 

 

 

 

 

En septembre 2014, notre présentation « Politiques de croissance et secteurs d’avenir » revenait à la charge avec trois collaborateurs extérieurs. Face à l’évidence d’un modèle de développement de moins en moins compatible avec les impératifs climatiques et l’épuisement des ressources planétaires ; face aux prémices d’une dynamique chinoise beaucoup moins offrante pour la croissance mondiale qu’initialement imaginé ; face, enfin à l’incapacité prévisible des politiques monétaires à recréer les bases d’une croissance économique équilibrée dans le monde développé, notre analyse investiguait l’idée d’une relance environnementale multiforme susceptible d’être en partie financée par ce qui apparaissait, déjà, comme une incontournable issue, à savoir, un programme d’assouplissement quantitatif de la BCE. Il y avait aussi dans cette proposition l’idée d’un nécessaire effort collectif pour recréer les bases d’une cohésion européenne, à même, le cas échéant, de donner du sens à une Europe qui, en ayant de moins en moins, courrait visiblement à sa perte.

Notre démonstration n’a pas fait plus d’adeptes que la première fois. De nouveau, le moment n’était pas forcément le meilleur, à la veille, précisément, de l’amorce du « quantitative easing » de la BCE garantissant l’ouverture d’un robinet de liquidités qui, trois ans plus tard, avait inondé le marché de 2600 milliards d’euros, et éloigné par la même tout sentiment de nécessité d’agir différemment.

La crise qui se dessine ces derniers temps et les menaces qu’elle draine dans son sillage, ainsi que les évidences de moins en moins contestables d’une accélération des dévastations climatiques permettent-ils d’être plus confiants dans la capacité d’écoute et de relais de cette proposition ? On peut en douter et ceci plus encore au vu du vent de contestation provoqué en France par l’une des rares initiatives du gouvernement en matière de lutte contre le réchauffement climatique, à savoir l’augmentation de la taxe carbone couplée à la convergence des prix du diesel vers ceux de l’essence. Et pourtant, cette proposition fait tellement sens dans le contexte économique en présence et face à l’urgence climatique, de jour en jour rappelée.

Au bout du rouleau

Les initiatives des banques centrales ne sont pas encore terminées que déjà l’économie mondiale bat de l’aile. Le trop plein de liquidités a créé les conditions d’une paralysie des politiques monétaires dépourvues de moyens pour faire face à la prochaine crise dont tout suggère qu’elle pourrait être beaucoup plus ravageuse que celle de 2008.

 

 

Aux États-Unis, le cycle de croissance vieux de neuf ans ne tient plus qu’aux mesures de soutien de l’administration de D. Trump, lesquelles attisent les tensions sur les taux réels qui menacent, à leur tour, de faire craquer un édifice fait d’encore plus de dettes et d’exubérance des prix d’actifs qu’en 2008.

 

La Chine, quant à elle, a mangé son pain blanc en s’endettant comme elle l’a fait depuis 2010. Sa transition vers un modèle de croissance plus endogène se heurte à la confiscation trop rapide du soutien de son secteur manufacturier et de ses exportations, desquelles elle demeure crucialement dépendante, tout comme l’est sa capacité à tirer la croissance du reste du monde, émergent en premier lieu. Les crises qui ont émaillé le monde en développement ces derniers mois sont les conséquences de cette perte de perspectives qu’avaient trop rapidement alimentées les effets de la relance chinoise du début de la décennie et dont on ne peut que redouter une propagation tentaculaire dans un futur plus ou moins proche.

Enfin, l’Europe elle a perdu son partenaire historique avec l’élection de D. Trump en 2016 et n’a plus d’espoirs de pouvoir entretenir le modèle privilégié par sa première puissance, d’une industrie exportatrice se heurtant tout à la fois à l’érosion de ses débouchés internationaux, à celle de ses ressources en main d’œuvre que menace le vieillissement accéléré de sa population et à l’incompatibilité de ce modèle avec, précisément, les impératifs climatiques.

L’appel d’air de l’année dernière a fait long feu laissant derrière lui les affres d’une union européenne sans pilote qui ne semble survivre que par la peur que produit l’idée de la quitter.

Tandis que, déjà, certains échafaudent les conditions des prochaines actions de sauvegarde des banques centrales et que réapparaît au loin le fameux « hélicoptère money » dont nul ne peut anticiper les conséquences, effets d’addiction et confiscation du pouvoir politique au bénéfice des seules des banquiers centraux qui risquent in fine, d’y perdre leur indépendance, on peut à juste titre s’interroger sur les moyens plus efficaces d’utiliser ces potentielles ressources, en l’occurrence en faveur d’une cause climatique dont il nous faut bien reconnaitre l’urgence.

L’Europe relais de la Cop 21

Alors que le président américain a fait le choix de quitter l’accord de Paris, l’Europe a une responsabilité toute particulière pour montrer la voie d’une possible croissance plus vertueuse parce que plus compatibles avec les limites physiques. Le sujet vaut bien celui du projet d’une défense commune sur lequel les Européens semblent être parvenus à se mettre d’accord et l’on peut imaginer que si ces derniers peuvent trouver un compromis sur un sujet aussi complexe que celui du Brexit, ils puissent parvenir à recueillir l’adhésion du plus grand nombre sur celui du climat.

Les moyens ne manquent pas pour transformer les contraintes environnementales en projet de croissance, susceptible, y compris, de redonner à nos économies les moyens d’un nouveau développement. Les politiques environnementales ne peuvent se cantonner à des problématiques énergétiques qui ne se résumeraient qu’au renchérissement d’une ressource dont nos modes de vie ne peuvent se passer et viendraient, par là même, confisquer plus encore de ressources de croissance et d’équilibre social. Le champ des transitions est bien plus large que ce seul spectre et est largement susceptible de créer les éléments d’une politique globale de refondation des bases d’un développement nouveau, de projets d’investissements et d’emplois, assis sur de multiples transitions simultanées, incluant : urbanisme, habitat, transports, infrastructures, nucléarisation des espaces urbains, transition agricole, sécurisation des populations face aux aléas climatiques, recyclage, traitement des déchets, chimie, pharmacie, médecine, ressources en eau… autant de domaines qui constituaient par le passé le champ d’intervention des politiques publiques dont, en particulier, celui du New deal de Roosevelt dont on sait à quel point il a dévié le sens de l’histoire.

 

Les moyens de financement d’une politique d’envergure de cette nature existent et ne demandent qu’à être mobilisés par des investisseurs en manque d’opportunités de placements de long terme. Les drainer ne semble pas impensable s’il s’agit d’accompagner un axe de développement cohérent et impulsé à ses débuts par des financements européens envisageables à travers certaines actions ciblées de la banque centrale européenne et de la banque européenne d’investissement. À la veille d’échéances électorales cruciales pour l’avenir européen, il y aurait là, assurément, de quoi aborder ces élections avec un certain regain de confiance qui, aujourd’hui fait crucialement défaut.

 

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Véronique Riches-Flores
A propos Véronique Riches-Flores 5 Articles
Véronique Riches-Flores, Fondatrice et Présidente de RichesFlores Research - Global Macro & Thematic Independent Research. Économiste, diplômée de l’Université de Paris I, V. Riches-Flores a créé sa société de recherche économique indépendante en 2012, après une expérience professionnelle dans le milieu académique -Observatoire Français des Conjonctures Économiques-, et dans la Banque d’Investissement, en tant que chef économiste chez SG CIB - Société Générale Corporate & Investment Banking- de 1994 à 2012. Son analyse, assise sur une double expertise conjoncturelle et structurelle de l'économie mondiale, offre des points de vue tranchés, capables de se distancer du consensus et de dissocier le diagnostic économique du pronostic financier, particulièrement adaptée aux besoins des professionnels de la gestion d’actifs et aux grandes entreprises.

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