La SFAF et l’ISR : le 1er baromètre – Nathalie Renson

L’ISR n’est pas “la” tarte à la crème du moment en gestion d’actifs. Non, il s’agit d’une tendance profonde. Toutefois, où en sont les gérants d’actifs à propos de cette thématique ? Sont-ils majoritairement concernés par ce sujet ? Ont-ils les moyens de mettre en place une gestion ISR ? La SFAF a posé la question à 800 de ses membres, à savoir les analystes buy-sides et les gérants présents dans son fichier. Voici donc les résultats de ce premier baromètre. A noter que le taux de réponse est de 9% pour ce panel. En complément de ce baromètre, la commission ISR de la SFAF a organisé une passionnante table ronde, où gérants cotoyaient la Directrice RSE de Nexans. Emetteurs + gérants autour du même sujet = échanges particulièrement riches !

80% des réponses proviennent de personnes non spécialisées ISR/ESG. 68 % des personnes ayant répondu ont une utilisation “systématique ou régulière” de l’analyse extra-financière. A l’inverse, 14% n’y ont jamais recours. Il y a donc une sensibilisation de plus en plus grande à cette thématique extra-financière au sein de l’AM en France. Certains analystes/gérants considèrent cette analyse extra-fi comme allant de paire avec l’analyse financière traditionnelle. Pour d’autres, cette démarche leur est donnée par la société de gestion. Si tous sont utilisateurs de données extra-financières, nombreux sont ceux qui relatent des difficultés dans l’exercice de cette analyse : manque d’homogénéité des données, manque de temps, d’outils… Quelles sont les sources utilisées en extra-fi ? 81% utilisent les données provenant directement des émetteurs. 45% s’appuient sur des prestataires externes pour cette analyse. Les difficultés sont les plus importantes sur le segment des small et mid caps qui ne jouent pas encore bien le jeu de la communication extra-fi. Bon, voilà pour les chiffres. Le meilleur reste à venir !

Cette table ronde a effectivement permis de confirmer certains points. Il était particulièrement courageux de la part de Mme Laurence Vandael, Directrice RSE de Nexans, non-membre SFAF, de venir affronter une table ronde et un auditoire uniquement composé de membres SFAF. Il faut dire que le dernier rapport intégré de Nexans a reçu le premier prix décerné par le Medef le 17/10/2018. Les autres membres de la table ronde étaient un gérant d’Axa et une gérante de la Caisse des Dépôts. Qu’en ressort-il ?

Traditionnellement, émetteurs et buy-sides ne sont pas sur la même planète et communiquent rarement. Ce sont les sell-sides qui font la jonction entre ces deux mondes. Et c’est bien regrettable car cela éviterait bien des idées reçues. Notamment, concernant l’homogénéité des datas en provenance des émetteurs. D’un côté, les émetteurs expliquent que les rapports intégrés publiés annuellement sont audités systématiquement par des consultants indépendants, certifiés Cofrac. C’est une obligation réglementaire à laquelle nul ne peut déroger depuis 2012. Ils répondent aussi à des questionnaires émis par les agences de notations extra-financières : un questionnaire par agence. De l’autre côté, les buy-sides se plaignent d’une information parcellaire, non homogène, trop peu exploitable et qui empêche toute comparaison d’un émetteur à l’autre.

Cela me fait immanquablement penser à mon expérience (assez longue…) d’analyste. Les émetteurs se sont toujours acquittés de leurs obligations réglementaires en matière de communication. Les analystes ont toujours apporté leurs retraitements divers et variés, non homogènes d’une société de gestion à une autre. Cela fait 40 ans que ça dure. Pourquoi cela devrait-il changer ? Donc émetteurs et buy-sides ne se comprennent pas car ils ne se parlent pas assez. C’est un constat que pose Laurence Vandaele de Nexans : elle exhorte les buy-sides à poser beaucoup de questions lors des réunions d’analystes, ce que les analystes ne font pas (alors que pourtant ils sont payés pour ça). Cela, en revanche, devrait changer pour gagner en finesse d’analyse et en connaissance des sujets abordés.

Le coût croissant de la certification RSE pour les émetteurs a également été abordé. Cela permet aussi de comprendre pourquoi les mid et small caps sont plus réticentes à mettre en place ce type de communication. Surtout si elles n’y sont pas contraintes. L’attention des buy-sides a aussi été attirée sur la nécessité de trier le bon grain de l’ivraie en matière d’agences de notations. Toutes ne sont pas de qualité équivalente. Les buy-sides seraient ainsi bien inspirés de procéder à des appels d’offres, afin de retenir le prestataire leur garantissant le meilleur traitement de l’information extra-financière. Cette qualité de recherche a un coût qui ne doit pas être minimisé systématiquement.

Enfin, Yann Le Fur, co-auteur du Vernimenn, a clos les débats en exposant qu’une entreprise “vertueuse” a de fortes chances de voir son WACC abaissé, en raison d’un risque réglementaire affaibli. D’où une valorisation plus attractive pour cette entreprise. Ce sera notre conclusion : amis buy-sides, mettez-vous au travail sans tarder, notamment en répondant aussi aux enquêtes qui concernent de près votre métier ! Emparez-vous de ces sujets avant qu’ils ne vous dépassent.

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)

Loading...
Nathalie Renson
A propos Nathalie Renson 15 Articles
En tant qu’investisseur sur les marchés financiers, Nathalie Renson est toujours en quête d’informations financières et souhaite les partager. C’est pourquoi elle contribue à The Daily Finance. Analyste equities au début de sa carrière, puis sur les marchés obligataires, Nathalie a ensuite géré plusieurs fonds en multigestion, notamment.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*