EXCLUSIF « Nous avons testé pour vous… la conférence BNP Paribas Asset Management, le 20/09/18 », suite et fin – Nathalie Renson, The Daily Finance

Last but not least, voici le dernier volet du compte rendu de la conférence de BNP Paribas AM sur les sujets Mifid II et DDA. L’état des lieux a été posé lors des deux précédents articles. A présent, quelles sont les prochaines étapes et attentes au sujet de Mifid II et DDA ?

Donc en résumé des cessions précédentes, quels sont les « gros » sujets de Mifid II et DDA pour les prochains mois ?

La communication début 2019 pour les premiers rapports de gestion au titre de l’exercice 2018 sera ES-SEN-TIELLE. Comment expliquer l’importance des coûts dans la GSM ? Comment communiquer sur les rétrocessions ? Quelles seront les réactions des clients ? Comment adapter son offre de fonds pour faire face à cette réglementation ? Voici quelques éléments de réponses.

Prenons l’exemple du Royaume-Uni : les rétrocessions y sont listées explicitement et donc bien détaillées. Pour répondre aux interrogations et controverses éventuelles, l’industrie anglaise a proposé des packages ou forfaits plus ou moins chers, qui intègrent plus ou moins de services et donc plus ou moins de frais.

Les associations de consommateurs ont, par le passé, fait du lobbying afin d’obtenir une plus grande transparence. L’objectif recherché était clairement et ouvertement l’interdiction des rétrocessions. Si elles sont saisies à l’issue de la publication des rapports de gestion 2018, cela risque de ne pas être très agréable pour l’industrie de l’AM. Le régulateur pourrait alors s’emparer du sujet.

Quel futur cela réserve-t-il ?

Le renforcement du recours à la gestion passive pourrait avoir encore de beaux jours devant lui. L’écrasement des coûts est alors immédiat. BNPP AM en profite ainsi pour renforcer son offre ETF.

Même faute, même punition… ou presque. DDA va imposer ses contraintes à la commercialisation des produits d’assurance-vie. La gouvernance produit est identique à Mifid II. La transparence va concerner les coûts et le processus de réclamation. Les personnes ayant part à la distribution devront suivre une formation annuelle de 15h au minimum. Enfin, le devoir de conseil sera assis sur les tests d’adéquation.

Les FIA devraient voir leur nombre fortement réduit si les sociétés de gestion les convertissent en fonds UCITS pour pouvoir passer les tests d’adéquation.

Les fonds profilés figurent également parmi les solutions avancées par Vincent Moreau. Ils sont peu chers et simples à expliquer et donc à vendre. Au Royaume-Uni, cette classe de fonds a remporté un réel succès, avec 50% des souscriptions de la clientèle des particuliers et des plateformes des assureurs. Le même phénomène a pu être observé aux Pays-Bas et en Belgique. Ainsi, les banques privées belges ont différencié leur offre en fonction de la taille d’actifs de leurs clients. Le seuil de 1 M Eur est souvent retenu pour une éligibilité à la GSM. En-deçà de ce seuil, la GSM est trop coûteuse pour être proposée. D’où le développement là aussi de la gestion profilée, assortie d’une réelle transparisation des supports et d’un discours facilement compréhensible.

La pression s’accentue sur le pricing des parts. Cela devrait conduire les asset managers à reconsidérer leur politique tarifaire. L’arrêt des rétrocessions n’est pas pour tout de suite. Toutefois, quelques acteurs seraient prêts à y consentir mais uniquement pour les clients du segment high networth. BNPP AM a choisi de faire vivre les parts avec ou sans rétros et de se placer dans les niveaux de marché pour simplifier les choses.

Une autre conséquence de ces affichages de coûts pourrait être la rationalisation des gammes. En effet, comment justifier, par exemple, la coexistence de fonds actions Europe à des coûts différents ? Comment justifier le maintien des fonds les plus chers ? BNPP AM a déjà commencé ce travail de rationalisation.

La communication doit aussi permettre de justifier la qualité et l’utilité du conseil et du service à valeur ajoutée. Parfois, on peut vite glisser dans le discours tarte à la crème sur ces sujets. Attention aux dérapages de communications ! Cela peut aussi prêter à sourire lorsque le vendeur de fonds se retrouve à devoir expliquer les scénarios d’évolution de marchés entre -80% et +70%. Toutefois, l’explication sera nécessaire. Il sera temps de faire prendre conscience aux clients de la lourdeur et donc des coûts nécessaires à l’élaboration d’un reporting détaillé. Même chose pour les droits de garde.

Au regard de ces coûts sans cesse croissants de la communication et de l’impossibilité de répercuter ces coûts sur la clientèle finale, le conseil de gestion va probablement s’orienter vers une simplification et une industrialisation grandissante. L’automatisation et l’IA sont peut-être des pistes à explorer pour répondre à cette problématique. Mais, au risque de nous répéter, le conseil ne peut pas être réduit à néant. Que les banquiers privés ou les CGP se rassurent sur ce point. La segmentation de la clientèle privée se renforcera probablement également. L’émergence d’offres de gestion à bas coûts, caractérisée par une standardisation importante, trouvera sa voie. La gestion profilée aussi. BNPP AM a d’ores et déjà fourbi ses armes sur ce terrain. Ce qui est valable pour Fortis en Belgique devrait l’être pour BNPP AM en France.

Toutefois, comment expliquer et justifier les arbitrages au sein d’un portefeuille ? Quelle classe d’actifs ? Quel produit ? Quelle performance ?

Ouh là ! C’est la première fois, dans cet article, que je prononce ce mot étrange : « performance ». La réponse communément admise est : « Peu de clients se préoccupent de la performance de leurs placements. Ils sont plus sensibles aux coûts de gestion ». Il me semble que ceci n’est exact que lorsque la performance du fonds est meilleure que celle de son indice. A bon entendeur…

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Nathalie Renson
A propos Nathalie Renson 18 Articles
En tant qu’investisseur sur les marchés financiers, Nathalie Renson est toujours en quête d’informations financières et souhaite les partager. C’est pourquoi elle contribue à The Daily Finance. Analyste equities au début de sa carrière, puis sur les marchés obligataires, Nathalie a ensuite géré plusieurs fonds en multigestion, notamment.

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