Comment seront investis les fonds de pension européens dans les prochains mois ? – Nathalie Renson

Si vous rêvez de savoir comment sont investis les fonds de pension européens à prestations prédéfinies, cet article est pour vous. Mercer vient de publier une étude portant sur 912 investisseurs institutionnels répartis dans 12 pays pour un AUM de 1 100 Mds €. La représentativité de l’échantillon est donc assurée. De façon peu surprenante, 60% de l’échantillon est localisé au UK. Vient ensuite l’Allemagne très loin derrière avec 11% puis l’Italie avec 9%.

Premier sujet d’observation, l’exposition actions de ces fonds de pension. En Belgique, ces fonds sont investis à hauteur de 45% en actions et la totalité de ces investissements actions sont non domestiques. A l’autre bout de la chaîne, les fonds danois ont la plus faible exposition actions avec seulement 10% des portefeuilles, ici aussi non domestiques. Entre ces deux extrêmes, une forte concentration de 10 pays au sein desquels les fonds de pension à prestations prédéfinies (DBPF) sont exposés à hauteur de 33%à 25% en actions. A noter qu’en variation sur 2017, les expositions actions ont été réduites marginalement au profit des investissements alternatifs, alors que la poche  obligataire est restée au même niveau. Donc, toujours ce même glissement progressif vers les actifs illiquides afin d’obtenir des rendements plus élevés.

A noter : la gestion passive représente la moitié des poches actions mais aussi des poches obligataires. La gestion active disparait progressivement de ces portefeuilles. A cela deux raisons. Certes, les gérants actifs déçoivent par leur capacité à surperformer dans la durée. Mais aussi et surtout, en raison de coûts de gestion qui sont largement supérieurs à ceux de la gestion passive. Sur l’ensemble de l’allocation, ces fonds de pension estiment que la génération de rendement se fera grâce aux stratégies alternatives.

En zoomant sur le UK – qui représente 60% de l’actif de l’échantillon – sur 15 ans, la poche actions a été divisée par 2,7. Les obligations ont profité de ce revirement allocataire en occupant 50% des portefeuilles en 2018, contre 31% en 2003. Mais les actifs alternatifs sont les grands gagnants avec 25% de l’allocation totale contre 1% en 2003.

Que peut-on attendre de la part de ces investisseurs européens au cours des prochains mois ? Une réduction continue des expositions actions toutes zones confondues, i.e. zone Euro ou non. Les obligations souveraines seront encore renforcées essentiellement en zone Euro mais aussi en obligations indexées sur l’inflation. Gros succès aussi pour les obligations corporates qui devraient au cours des prochains mois augmenter leur part dans les allocations.

Compte tenu de leur place croissante au sein de ces portefeuilles, attardons-nous sur les actifs dits alternatifs. Dans cette étude, cette classe regroupe : le private equity, les stratégies de taux alternatives, les actifs réels (immobilier et infrastructures), les hedge-funds et les multi-stratégies. La poche la plus fréquente est l’immobilier, présente dans 45% des portefeuilles et comptant en moyenne pour 8% de l’actif. A parts égales, les hedge-funds et les stratégies obligataires dans 36% des portefeuilles. 25% des fonds sont investis dans les multi-stratégies à une hauteur moyenne de 19%. Le private equity est présent dans 9% des portefeuilles.

Parmi les stratégies obligataires, on trouve en tout premier lieu la dette émergente, suivie par le crédit multi-asset, l’absolute return et le high yield. Les actifs réels sont constitués à 50% par l’immobilier et ses dérivés. Les hedge funds sont sélectionnés par l’intermédiaire de fonds de fonds.

Et l’ISR/ESG me direz-vous ? Peut mieux faire assurément… Au global, 40% des investisseurs déclarent prendre en considération des critères ESG. Mais lorsque l’on s’oriente sur la composante climatique, on comprend beaucoup mieux l’article de Patrick Viallanex (Cf. 20 juin 2018) : seulement 17% des investisseurs s’en préoccupent. Mais soyons optimistes car ce chiffre n’était que de 5% en 2017.

En conclusion, la diversification prend de plus en plus de place dans les stratégies de ces fonds de pension. Notamment au travers des stratégies alternatives. Ces dernières n’ont pas toutes le même degré de liquidité. Sur ce point, la vigilance est de mise. Les retournements cycliques peuvent être violents et impliquer des sorties rapides de certaines classes d’actifs. Toute l’habileté de la diversification consiste à sélectionner des actifs qui sont décorrélés les uns des autres. Encore faut-il surveiller très précisément comment évoluent et se déforment ces corrélations

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Nathalie Renson
A propos Nathalie Renson 29 Articles
En tant qu’investisseur sur les marchés financiers, Nathalie Renson est toujours en quête d’informations financières et souhaite les partager. C’est pourquoi elle contribue à The Daily Finance. Analyste equities au début de sa carrière, puis sur les marchés obligataires, Nathalie a ensuite géré plusieurs fonds en multigestion, notamment.

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