L’ère du Warren Buffet 2.0 – Dr Leber, Acatis

L’évolution technologique pousse de nouveaux modèles d’entreprises dans tous les secteurs, qu’ils soient financiers ou non. Aujourd’hui, ce n’est plus tant le capital-action qui importe, mais les talents et l’incorporation de la technologie. Ainsi, les investisseurs voient leur métier évoluer et les actifs éligibles à l’investissement aussi. Le Dr Leber a assisté à l’AG de Berkshire Hathaway et nous livre ses impressions.

Comme tous les mois, voici le billet mensuel du docteur Leber, fondateur d’ACATIS, société de gestion indépendante allemande.

Berskshire Hathaway et un fonds à 2 milliards d’euros sous gestion !

Notre participation à l’Assemblée générale de Berkshire Hathaway le 5 mai 2018 à Omaha était encadrée par plusieurs événements, avant et après l’AG. Nous avons par exemple vu le PDG de Brookfield Asset Management (le plus gros investisseur immobilier au monde) et le directeur des investissements de Markel (le „petit“ Berkshire Hathaway). Il ressort de la diversité des présentations une image homogène que nous souhaitons décrire ici.

Tout d’abord, il est intéressant de noter que Bruce Flatt de Brookfield Asset management a parlé des menaces qui pèsent sur son activité immobilière. Des modèles commerciaux comme AirBnB menacent ses hôtels, les technologies de téléphonie mobile telles que la 5G transforment ses activités de poteaux de téléphonie mobile, l’énergie photovoltaïque et le stockage décentralisé d’énergie mettent en danger son activité de réseau électrique. Même les biens immobiliers en apparence solides et immuables sont menacés sur le plan technologique.

Lorsqu’on regarde les champs d’activité de Berkshire Hathaway qui étaient considérés comme sûrs il y a trente ans encore, on constate qu’ils sont presque tous désormais fragilisés par les évolutions technologiques. Les éditeurs de journaux achetés par Warren Buffett il y a 5 ans ont entre-temps vu leur tirage diminuer de moitié. Les jeunes ne lisent plus de journaux, ne consultent plus le dictionnaire World Books, n’achètent plus d’aspirateurs Kirby au porte à porte, évitent le Coca-Cola sucré, trouvent les personnages de Disney ennuyeux et ne se soucient pas de l’image de marque d’American Express. Amazon, Wikipedia, Paypal et Electronic Arts ont aujourd’hui le vent en poupe.

La technologie transforme tous les secteurs d’activité de Berkshire Hathaway : assurance, énergie, chemins de fer, cartes de crédit, alimentation et voyages. Les secteurs perdureront mais leur croissance sera plus lente et ils seront sans doute moins rentables.

Warren Buffett disait à propos de McLane, sa société de distribution en perte de vitesse, que lorsqu’on est coincé entre Amazon et Walmart, il ne reste plus beaucoup de marge. Buffett a également fait référence à Elon Musk (Tesla), qui déclarait récemment : « Si votre seule défense contre l’invasion d’une armée est d’ériger une forteresse, vous ne durerez pas longtemps. Ce qui compte c’est le rythme de l’innovation. »

En outre, l’importance du capital diminue ; or Berkshire en possède plus qu’il ne peut investir. Dans l’ancien monde, le capital était le goulot d’étranglement et constituait le socle des douves. C’est pourquoi des indicateurs tels que le ratio cours/valeur comptable et le ratio des fonds propres avaient une telle importance.

Le nouveau monde n’a cependant besoin que de peu de capital. Ce qui compte, ce sont les talents et les technologies, non le portemonnaie. Ces sociétés doivent être découvertes avant qu’elles ne grandissent. Elles se développent rapidement. Elles existent déjà aujourd’hui et se nomment Amazon, Netflix, Google, Facebook, etc. Warren Buffett a investi, tardivement, plus de 20 milliards de dollars dans l’une d’entre elles, Apple. C’est le quatrième plus gros investissement de l’histoire du groupe.

Les conclusions que nous tirons de ce week-end sont sans équivoque : nous ne pouvons pas appliquer aveuglément à l’avenir les recettes que nous a enseignées Warren Buffett dans les années 90, mais nous devons les développer (Buffett 2.0). Les vielles douves disparaissent rapidement, la puissance du capital-actions diminue et notre attention devrait se concentrer sur des sociétés qui transforment le monde grâce à leur agilité et gagnent ainsi beaucoup d’argent.

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