Un nouveau risque en zone Euro – Mory Doré

“Je te tiens, tu me tiens par la barbichette !”. Voici, en résumé, le risque qui lie les banques centrales des différents pays européens et qui est très bien résumé dans cet article. Le premier qui décide de lâcher l’Euro aura une plus grosse claque que ce qu’il pense.  

En réalité,  il n’a jamais été judicieux de « parier » sur la fin de la zone Euro

  • Tout d’abord, les pays très endettés du sud (Italie, Espagne, Portugal, Grèce sans oublier notre pays) qui sortiraient de la zone et reviendraient à leurs monnaies nationales, seraient contraints de faire défaut sur les dettes publiques et privées détenues par les non-résidents des autres états de l’Union compte tenu du surcoût (chute des nouvelles monnaies contre euro) de la dette extérieure libellée en euro
  • A l’opposé, si des pays tels que l’Allemagne disposant d’actifs extérieurs importants dans les pays du sud sortaient de la zone, ils devraient alors faire face à des violentes dépréciations d’actifs en euro compte tenu de la chute de le monnaie européenne contre un nouveau mark allemand. Les banques et assureurs allemands deviendraient vite insolvables.

Voilà pourquoi jusqu’à présent, il a toujours été coûteux et contreproductif de parier sur une implosion de la zone Euro, malgré les déséquilibres constatés dans le système TARGET. TARGET signifie « Trans-European Automated Real-time Gross settlement Express Transfer system ». Il s’agit d’une de chambre de compensation électronique dans laquelle les banques commerciales effectuent leurs virements intra-euro au travers de leurs banques centrales. Target mesure donc la situation créditrice ou débitrice des banques centrales nationales vis-à-vis de l’Eurosystème, comme le montre le graphique ci-dessous

Les soldes « Target 2 » correspondent donc aux positions intra-zone euro des banques centrales nationales vis-à-vis de l’Eurosystème. Ne perdons pas de vue que dans la mesure où les créances Target 2 sont comptabilisées dans l’Eurosystème, tous les membres de la zone euro doivent partager le défaut d’une des banques centrales de possédant une dette Target 2, en fonction de leur part dans le capital de la BCE. Les systèmes bancaires « créditeurs » peuvent donc perdre beaucoup si la zone Euro explosait. Pour l’Allemagne, il y aurait des pertes à due concurrence de la participation du pays dans le capital de la  BCE (27%) car le système est centralisé.

Mais nous sommes en face d’un problème nouveau. Non plus le risque de sortie d’un grand pays de la zone Euro, mais celui de sécession à l’intérieur d’un grand pays de la Zone

On a vu ces dernières années le renforcement des sentiments d’indépendance de certaines régions à l’intérieur de certains pays de la zone Euro : Nord de l’Italie ou Flandre belge et, plus près de nous, Catalogne Espagnole. Généralement, il s’agit des régions les plus riches de ces pays, mieux dotées en ressources naturelles, moins endettées et qui rejettent de plus en plus toute forme de solidarité budgétaire et fiscale avec les autres régions du pays. 

Dès lors, si l’on pense que les mouvements sécessionnistes vont se renforcer (pourquoi s’affaibliraient-ils ?) et débouchent sur des indépendances, alors deux types de scénarios sont envisageables et ont en commun de provoquer pour des raisons différentes de nouvelles déstabilisations de la zone Euro (on se limitera à l’actualité en retenant le cas catalan)

  • SCENARIO 1. Les régions riches qui veulent l’indépendance ont oublié de considérer que leur richesse était aussi liée à l’intégration dans leur pays et dans l’Union européenne (exportations, transferts budgétaires). Imaginons une Catalogne qui deviendrait indépendante. On peut imaginer sans mal qu’un remplacement de l’euro par une nouvelle monnaie (en supposant comme conséquence immédiate la sortie de l’UE et donc de fait de la zone Euro) provoquerait sans doute une baisse significative (20%, 30 %  voire plus) de la nouvelle  monnaie vis-à-vis de l’euro ce qui reviendrait
    • à constater des charges de la dette libellée en euro insupportables
    • et puisque ces charges seraient insupportables, la situation d’insolvabilité du nouvel état apparaîtrait au grand jour conduisant celui-ci à faire défaut sur la dette libellée en Euro détenue par les investisseurs non-résidents.
  • SCENARIO 2. Supposons là encore que la Catalogne accède à l’indépendance et soit exclue de l’UE et donc de la zone E Rien ne permet de savoir dans les textes officiels de l’UE si ce nouvel état serait fondé à reprendre sa quote-part de la dette publique de l’Espagne (100 % du PIB aujourd’hui), ce qui plongerait l’Espagne dans une crise budgétaire sans précédent et menacerait de nouveau la stabilité de la zone Euro.

Finalement, le vrai danger pour la zone Euro n’est sans doute pas lié au retour des crises des dettes souveraines (type Grèce 2010-2015, Italie 2011 ou Espagne 2012) ou aux risques populistes mais plutôt aux risques sécessionnistes.

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Mory Doré
A propos Mory Doré 20 Articles
Mory Doré est un professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d’intérêt ; trésorier et responsable de l’allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière. Aujourd’hui, il est responsable du département des risques financiers au sein du groupe BPCE. Durant ces 10 dernières années, il est un interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, Comité d’audit et Comité d’entreprise. Il possède un diplôme de statisticien économiste de l’école nationale de la Statistique et de L’Administration économique ainsi qu’une maîtrise d’Econométrie de l’Université de Bourgogne (Dijon).

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