The politically incorrect financial letter : L’Auberge Espagnole ! – Jacques Bossuyt

 Après le drame grec, voici l’auberge espagnole catalane. L’histoire des riches qui en ont marre de payer pour les moins riches… Précédent douteux qui pourrait donner des idées à quelques frustrés,  assoiffés de pouvoir, de certains pays qui n’ont pas d’article 155 dans leur constitution.

J’attends donc avec impatience la déclaration d’indépendance de la République Knokke-Le Zoute (« Vrijstaat Het Zoete Knokke » in ‘t West-Vlaams). Les « Knokkers » pourraient alors jumeler avec, par exemple, Deauville, Saint-Tropez, Monaco, Lichtenstein, Marbella, le Vatican et Porto Fino, et fonder les bases d’une nouvelle Europe, l’Europe des Nantis, (N)anti Europe. 

Il n’y avait pas que ça dans l’actualité financiéro-économique dernièrement. Il y avait également la déclaration de Steven Mnuchin, le trumpétiste qui fait office de Secrétaire du Trésor Américain (ministre des finances). Il a déclaré : « our tax cut will boost the markets ». Faut pas avoir fait Yale pour comprendre ça. Et en effet, tous les spéculateurs se sont rués dessus, et la prophétie s’est auto-réalisée (les bons résultats des entreprises aidant un peu aussi). Tax-cut veut dire augmentation irréfléchi de la dette, et « après moi, le déluge » ! Comme le QE, encore une intervention artificielle qui va faire monter les prix des actions encore plus haut. Mnuchin, a même été plus loin en disant que si on ne votait pas le tax-cut, les marchés allaient s’effondrer (ça c’est vrai aussi)… Nous voilà avertis. Venant d’un ministre des finances, même fut-il ancien cadre de Goldman-Sachs (tiens tiens, encore un, comme par hasard), producteur de films et ex hedge fund manager, ce langage me choque profondément. C’est du chantage. Le rôle d’un ministre des finances est de garantir la stabilité des marchés, pas de semer le doute, idiot !

Nota Bene : Obama et Clinton ont augmenté les taxes, et pourtant l’Amérique se portait bien (le nombre de pauvres a diminué). Reagan a diminué les taxes,  l’Amérique se portait bien mais le nombre de pauvres n’a pas baissé. Le fameux Bush a fait deux tax-cuts, l’Amérique se portait mal et le nombre de pauvres a explosé +21% (*)

Mario Draghi, qui n’a ni le pouvoir de diminuer les impôts, ni une caisse d’argent dans laquelle il peut puiser ad libitum, doit utiliser quelque chose que les autres n’ont pas : l’intelligence et la ruse. Mario l’a joué plus fin. Il a clairement fait savoir aux marchés que les intérêts en Europe n’augmenteront pas, et qu’il continuera à acheter des obligations à tour de bras. C’est clair, hein Donald ! Immédiatement l’Euro chute 1.50% (le vrai but), les exportateurs européens jubilent, les bourses montent.

Maintenant les bourses montent des deux côtés de l’Atlantique. En Amérique par des cadeaux fiscaux à ceux qui n’en ont pas besoin, et par l’augmentation de la dette abyssale qui ne sera jamais remboursée. En zone euro par la dévaluation de la devise. La guerre est engagée, mais entretemps pour les investisseurs, tous les feux sont au vert ! Profitez-en, car ça ne durera pas.

Et puis il y a eu le trentième anniversaire du Black Monday 19 octobre 1987. Le fameux lundi où le Dow Jones a perdu 23% en un jour. Une date que je ne vais jamais oublier de ma vie, car je venais de démissionner de la Banque en Belgique pour qui j’avais travaillé 15 ans, et je découvrais le très « prestigieux et feutré » Private Banking au Luxembourg.

Luxembourg était encore un village qui se vidait complètement le vendredi soir jusqu’au lundi matin. Mais c’était le temps ou chaque semaine les paysans et les propriétaires fonciers voyaient surgir de terre une nouvelle banque… On ne se faisait pas encore remarquer quand on ne roulait pas en Porsche. Et les « fils de » ne mélangeaient pas encore le Dom Pérignon avec du Red Bull…

Le 19 octobre, je voyais mon tout premier client, un gestionnaire de fortune à qui je venais proposer les services de la banque qui m’avait engagé. Je n’oublierai jamais la scène chez le client : 5 gars scotchés devant le Reuter, littéralement les mains dans les cheveux, la panique, les téléphones qui n’arrêtaient pas de sonner, des cris, des injures… blood, sweat and tears… la fin du monde… Dans quoi je m’étais mis ? Après presqu’une heure durant laquelle nous n’avons pas échangé un seul mot, le client me disait que je ferais mieux de rentrer. Et quand je rentrais au bureau, mon directeur, un vieux routard, m’accueillait avec un laconique « welcome to the private banking world, dear Jack »… On ne peut rêver mieux comme entrée en matière, n’est-ce pas. J’y suis toujours, dans ce petit monde, et je compte bien y rester. Been there, done that…

Fier de vous avoir parmi mes lecteurs.

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