La Fed est-elle en train de commettre une erreur ?

La Reserve Fédérale US vient de relever d’un quart de point son taux directeur le portant de 1% à 1,25%. Elle indique par ailleurs qu’au moins une hausse des taux directeurs devrait intervenir d’ici la fin de l’année. Bien qu’à priori, cette hausse ne soit pas une surprise, et qu’elle s’inscrit logiquement dans la continuité depuis plus d’un an, un nouvel élément est venu contrarier le scénario : l’inflation, ou plus précisément la faiblesse de cette dernière. Certes, la croissance est à un rythme soutenu (au- delà de 2%), le taux de chômage au plus bas (4.3%), l’emploi au plus haut (rythme de 175 000 créations mensuelles), les marges des entreprises historiquement élevées, et les taux d’utilisation des usines assez élevés (77%), mais l’inflation reste anormalement basse. Le rythme annuel de l’inflation cœur est repassé en deçà de +2%, à +1.7% sur les derniers mois. Si on regarde en détail les deux grandes composantes de l’inflation : les salaires, et le couple énergie/matières premières. Le rythme de croissance des salaires ralentit à +2.5% en annuel contre +2.7% à la fin de l’année 2016. Du côté de l’énergie, le prix du baril tend à se dégonfler depuis six mois, et les matières premières dans leur ensemble sont aussi en fort recul.

« Où est le problème ? » me direz-vous ? Nous avons le meilleur des scénarios : croissance et inflation contenue. Pourquoi s’en inquiéter ?

Il faut regarder du côté de la courbe des taux. Une hausse des taux courts avec une inflation basse se répercute directement sur la courbe des taux en provoquant un certain aplatissement de la courbe. C’est exactement ce qu’il s’est produit à la suite de la hausse des taux. Si cela venait à se répéter une ou deux fois, par exemple un taux directeur passant de 1,25 à 1,75%, la courbe pourrait être pratiquement plate avec un taux 10 ans stagnant autour de 2%. Si tel était le cas, le scénario d’une récession serait quasi-assuré.

Nous voyons ainsi que sans inflation, une hausse des taux directeurs peut accélérer en quelque sorte une récession et être contre-productive.

Pour contredire un tel scénario, il faudrait que le rythme actuel d’inflation ne soit que passager et accélère d’ici la fin de l’année. La Fed a surement des infos que nous n’avons pas, et s’attend probablement à de meilleures surprises de ce côté. Nous n’en doutons pas.

En tout cas, à court-terme, le marché est assez sceptique sur une future hausse des taux d’ici la fin de l’année (moins de 50% de probabilité), à rebours du calendrier de la Fed.

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Gregory Olszowy
A propos de Gregory Olszowy 4 Articles
Grégory Olszowy, MBA ESSEC, CFA, est actuellement Gérant actions et diversifiés chez DÔM Finance. Il gère un fonds actions internationales (DÔM Prospective ) et un fonds diversifié ( DÔM Patrimoine). Il est aussi responsable du Jury de l’IRC, concours d’analyse financière à destination des écoles de commerce.

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