Revivons-nous la même bulle sur les actions que celle de 2000 ? Mory Doré

Voici le dernier volet de notre trilogie. Mory se penche, cette fois-ci, sur les valorisations des fameuses GAFA et des valeurs technologiques américaines. Et l’on ne peut rester insensibles à la comparaison avec la bulle des TMT de l’an 2000, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… Certes, les valorisations excessives sont essentiellement localisées aux US. Mais n’oublions pas que « lorsque les marchés actions américains éternuent, les marchés européens s’enrhument ».  Ah… ces bons vieux dictons d’anciens !

Dans une allocation d’actifs, nous choisissons donc de sous-pondérer significativement les marchés actions

Outre les éléments économiques et extra-économiques négatifs pour les marchés actions présentés dans le deuxième article publié hier, nous pensons que certaines valorisations d’actions deviennent excessives : plus aux Etats-Unis qu’en Europe. On sait aussi que des secousses sur les marchés boursiers américains se transmettraient, pour partie, aux marchés boursiers européens.

Si l’on regarde, par exemple, les valorisations de certaines « techs » US, nous sommes toujours inquiets. Le risque de correction brutale est élevé et les prétextes ne manqueront pas : évolutions de la fiscalité et/ou de la réglementation sur la protection des données personnelles entre autres thématiques.

En tout cas, les price/earning ratios absurdement élevés de certaines valeurs finiront tôt ou tard par être contestés :

– Amazon se paie encore aujourd’hui 262 années de bénéfices sans perspectives de dividendes
– Netflix 230 années sans perspectives de dividendes
– Nvidia 41 années, plus raisonnable mais cher dans l’absolu.

Mais vous trouverez toujours des spécialistes qui viendront vous dire que ces actions sont chères mais pas déraisonnables. Et puis, il y a cet éternel mimétisme de la gestion dite benchmarkée qui « oblige » certains gérants à détenir ces titres en portefeuille, la hausse alimentant la hausse.

Bill Bonner, patron des publications Agora et bear devant l’éternel, analyse lucidement l’absurdité des valorisations :

« Suite à la crise de 2008-2009, Draghi, Yellen et quasiment tous les banquiers centraux de la planète se sont mis au travail et ont inondé les marchés de cash et de crédit. Draghi a injecté environ 2 700 milliards de dollars au cours des 43 derniers mois. La Fed en est à 4 000 milliards de dollars. Mais la marée a soulevé certains navires plus que d’autres. Les yachts appartenant aux banquiers, aux spéculateurs boursiers, aux gestionnaires de hedge funds et aux lecteurs du Financial Times d’une manière générale, n’avaient jamais vu le niveau de l’eau si élevé. En revanche, les vaisseaux commerciaux, les pétroliers, les chalutiers – les barges, les péniches et les lents remorqueurs de l’économie réelle – ont tout juste décollé du fond. Le PIB US frôlait les 15 000 milliards de dollars en 2008. Il est désormais à 19 000 milliards de dollars – il a augmenté de près d’un tiers. Les actions, en revanche, sont passées d’un plancher de moins de 8 000 points en 2008 à plus de 25 000 actuellement. Elles ont plus que triplé… c’est-à-dire qu’elles ont augmenté neuf fois plus rapidement que la croissance de l’économie réelle ».

Cette situation de déconnexion entre les marchés et l’économie réelle n’est pas soutenable éternellement. Mais, comme toujours, il est impossible de déterminer le timing du retournement des marchés. Il est, par définition, impossible de déterminer la date d’un krach, sinon tout le monde s’y préparerait et le krach tant attendu ne se produirait pas. Mais l’on sait qu’il faut des catalyseurs sérieux pour déclencher des paniques boursières. Nous avons vu plus haut que ceux-ci ne manquaient pas : guerres commerciales, risques politiques en zone Euro, même si nous faisons partie de ceux qui ne « parient » pas sur une implosion de la zone Euro, risques géopolitiques, risques sur de nombreux marchés émergents, …

Il faut savoir raison garder et ne pas se laisser surprendre par le passage d’une situation extrême de cupidité et d’euphorie inconsciente à celle d’une peur et d’une aversion au risque.

De ce point de vue, 2018-2019 ressemblerait plus à 2000 (surévaluation des actions TMT et dégonflement de la bulle internet) qu’à 2007-2008 (crise systémique des banques) ou 2010-2012 (crise des dettes souveraines de la zone Euro). Au-delà des marchés, autre point de ressemblance entre les deux périodes : la transformation digitale du monde est aussi évidente et irréversible en 2018 que l’était la diffusion de l’internet dans les vies privées et professionnelles en 2000, ce qui n’a pas empêché la crise des actions entre fin 2000 et début 2003.

MORY DORE

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Mory Doré
A propos Mory Doré 10 Articles
Mory Doré est un professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d’intérêt ; trésorier et responsable de l’allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière. Aujourd’hui, il est responsable du département des risques financiers au sein du groupe BPCE. Durant ces 10 dernières années, il est un interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, Comité d’audit et Comité d’entreprise. Il possède un diplôme de statisticien économiste de l’école nationale de la Statistique et de L’Administration économique ainsi qu’une maîtrise d’Econométrie de l’Université de Bourgogne (Dijon).

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